Slydemy
Un randonneur essoufflé sur un sentier de montagne lève les yeux et découvre le sommet éclairé par le soleil couchant

Blog · 3 novembre 2026 · 8 min de lecture

Formateur : pourquoi tes stagiaires accélèrent quand ils voient le chemin parcouru

Par Laurent Brisset, formateur et designer, fondateur de Slydemy

Tu montes un sentier de montagne depuis deux heures.

Chaque virage ressemble au précédent. Des cailloux, des pins, encore des cailloux. Tes jambes sont lourdes. Tu te demandes si tu ne devrais pas faire demi-tour.

Et puis, au détour d'un rocher, tu vois le sommet. Le petit cairn, là-haut. La croix plantée sur la crête.

Tes jambes repartent. Tu n'as pas plus d'énergie qu'il y a une minute. Tu vois juste où tu vas.

En salle, tu fais ce geste dix fois par jour sans y penser. Tu montres le paperboard, tu dis « on était là ce matin, on est ici maintenant, et vendredi, vous saurez faire ça ». Tes stagiaires respirent. Puis tu mets ta méthode en ligne, et ce geste disparaît. Il reste un chiffre en haut de l'écran. Des chercheurs ont regardé ce que ce chiffre produit vraiment, sur 32 expériences.

Est-ce qu'une barre de progression motive vraiment ?

Une barre de progression qui avance au même rythme ne motive pas : en moyenne, elle ne fait pas baisser les abandons.

En 2013, trois chercheurs (Ana Villar, Mario Callegaro et Yongwei Yang, de Google et de City University à Londres) ont rassemblé 32 expériences sur des questionnaires en ligne. Dans chacune, une partie des gens voyait une barre de progression, l'autre non. Avec une barre classique, qui avance au même rythme du début à la fin, le taux d'abandon moyen est resté le même : 20,5 % avec la barre, 20,2 % sans (Villar, Callegaro et Yang, Social Science Computer Review, 2013).

La barre ne fait pas de mal. Elle ne fait pas de bien non plus. Elle donne un chiffre, et un chiffre seul ne raconte rien. Ton paperboard, lui, racontait une histoire : d'où on part, où on va.

En salle, le chemin se dessine au paperboard. Un stagiaire montre le drapeau : c'est là qu'on va.
En salle, le chemin se dessine au paperboard. Un stagiaire montre le drapeau : c'est là qu'on va.

Qu'est-ce qui décourage un stagiaire au début d'une formation en ligne ?

Ce qui décourage le plus, c'est un début qui semble avancer lentement : le stagiaire a l'impression que le bout est encore très loin.

Dans les mêmes 32 expériences, les chercheurs ont testé des barres truquées. Certaines avançaient lentement au début, puis vite à la fin. Résultat : plus d'abandons, 23,4 % contre 16,9 % sans barre. D'autres avançaient vite au début, puis plus lentement. Celles-là ont fait baisser les abandons, à 14,1 % contre 16,1 % (même étude).

Quand la barre avance lentement au début

Abandons sans barre

16,9 %

Abandons avec la barre lente au début

23,4 %
Villar, Callegaro et Yang, 2013, méta-analyse de 32 expériences (source).

Quand la barre avance vite au début

Abandons sans barre

16,1 %

Abandons avec la barre rapide au début

14,1 %
Même étude.

Les premières minutes décident de tout. C'est souvent là qu'un formateur qui passe en ligne se trompe : il garde l'ordre de sa formation en salle, avec une longue introduction, la théorie d'abord, les cas pratiques ensuite. En salle, ta présence faisait passer ce début. En ligne, le stagiaire a l'impression de piétiner, et il lâche. S'il sent qu'il a déjà fait un bon bout de chemin, il continue.

Pourquoi on accélère quand on voit le but ?

On accélère quand on voit le but parce qu'il paraît plus proche, et qu'un but proche donne envie de finir.

Une expérience dans une station de lavage auto le montre bien. Joseph Nunes et Xavier Drèze ont distribué deux cartes de fidélité. La première demandait 8 lavages. La seconde en demandait 10, avec 2 tampons déjà offerts. Dans les deux cas, il fallait faire exactement 8 lavages. Pourtant, 34 % des clients avec la carte « déjà commencée » sont allés au bout, contre 19 % avec la carte vide (Nunes et Drèze, 2006, résumé par UX Collective).

19 sur 100

des clients ont rempli la carte vide de 8 tampons

34 sur 100

des clients ont rempli la carte de 10, dont 2 déjà offerts

Nunes et Drèze, 2006 : le même nombre de lavages à faire dans les deux cas (source).

Même effort. Mais le chemin déjà parcouru se voyait, et le bout semblait plus près.

Un sommet qu'on voit tire les jambes.

Moi, quand je regarde la vue de haut de ma formation, je la trouve juste incroyable. Elle me permet de prendre de la hauteur. Mes élèves, eux, me l'ont fait comprendre à leur façon. Beaucoup m'ont souvent demandé une timeline. Ils voulaient savoir exactement où ils en étaient dans la formation.

À quoi doit ressembler le chemin parcouru d'un stagiaire en ligne ?

Le chemin parcouru doit se voir comme un vrai chemin : des étapes franchies qui brillent, l'étape où le stagiaire en est, puis l'objectif posé au bout.

Rejoue la montagne avec ta formation. Ton stagiaire a fini deux chapitres sur dix. Avec une barre, il voit « 20 % ». Avec un chemin, il voit autre chose :

Ce qu'il a déjà fait

Deux étapes franchies, qui brillent derrière lui. Il n'est plus au départ.

Où il en est

L'étape du jour, encadrée, avec son nom. Il sait quoi faire maintenant.

Où il va

L'objectif du module, planté au bout, comme le drapeau sur ton paperboard.

Et chaque étape a son objet. Une plume, des pièces d'échecs, une montgolfière. Le chemin devient une suite de lieux qu'on reconnaît. Le stagiaire se souvient « de l'étape de la montgolfière », bien plus que « du chapitre 3 ».

Fais aussi en sorte que le début avance vite. Une première étape courte, une action faite dès le premier jour. Ton stagiaire doit sentir, en fermant son ordinateur le premier soir, qu'il a déjà fait un bout de chemin.

Combien de temps ça prend de dessiner ce chemin à la main ?

Dessiner à la main un chemin qui avance avec chaque stagiaire prend beaucoup de temps, et il faut le reprendre à chaque nouveau chapitre.

Au paperboard, tu le dessinais en deux minutes, pour tout le groupe. En ligne, il faut dessiner le chemin, y placer chaque étape, et le mettre à jour pour chaque stagiaire, selon ce qu'il a fini. Il doit rester lisible sur un grand écran comme sur un iPad. Et le jour où tu ajoutes un chapitre, tout est à reprendre. C'est pour ça que presque toutes les plateformes se contentent d'une barre.

Comment Slydemy montre le chemin parcouru à tes stagiaires ?

Dans Slydemy, le stagiaire clique sur « Voir le chemin parcouru » et prend de la hauteur : la caméra recule et lui montre tout le chemin du module, avec les étapes franchies qui brillent et l'objectif au bout.

Slydemy est une plateforme de formation en ligne immersive : chaque formation a son propre univers, et l'élève voit son chemin s'éclairer à chaque étape franchie, jusqu'au bout.

La vue « Prendre de la hauteur » dans le thème Nuit. Deux chapitres franchis sur dix, l'étape du jour encadrée, et le chemin qui file vers l'objectif du module, « Ta grille d'évaluation ».
La vue « Prendre de la hauteur » dans le thème Nuit. Deux chapitres franchis sur dix, l'étape du jour encadrée, et le chemin qui file vers l'objectif du module, « Ta grille d'évaluation ».

Rien à dessiner pour toi. Le chemin se pose tout seul sur l'image du module, dans l'univers de ta formation. Il s'éclaire à chaque étape franchie. En haut à droite, le stagiaire voit l'objectif du module, et juste en dessous, le module suivant qui l'attend.

Et quand ta formation fait partie d'un parcours plus long, la « Carte du parcours » prend encore plus de hauteur. Chaque formation devient un lieu sur une grande carte. Un petit « Tu es ici » montre au stagiaire où il en est.

La « Carte du parcours » dans le thème Élan : la première formation est terminée, le stagiaire est sur la deuxième, et la troisième attend en haut du chemin.
La « Carte du parcours » dans le thème Élan : la première formation est terminée, le stagiaire est sur la deuxième, et la troisième attend en haut du chemin.

Le chemin parcouru est l'un des quatre gestes du guide pour augmenter l'engagement. Ce que le stagiaire devine du module suivant compte autant : c'est le sujet de montrer la suite sans la donner. Et le rôle des preuves dans la progression est dans l'article sur le taux de complétion.

Questions fréquentes

Une barre de progression augmente-t-elle le taux de complétion d'une formation ?

Pas toute seule. Une méta-analyse de 32 expériences (Villar, Callegaro et Yang, 2013) montre qu'une barre qui avance à rythme constant ne réduit pas les abandons : 20,5 % avec la barre, 20,2 % sans. Une barre qui avance lentement au début les augmente, à 23,4 % contre 16,9 %.

Comment passer une formation présentielle en ligne sans perdre ses stagiaires ?

Garde le geste qui motivait en salle : montrer d'où on part et où on va. Remplace la barre par un vrai chemin avec l'objectif au bout, raccourcis le début pour que le stagiaire avance vite le premier jour, et demande une action concrète à chaque étape.

Qu'est-ce que l'effet de progression offerte ?

C'est l'envie de finir qui grandit quand on a l'impression d'avoir déjà commencé. Dans l'étude de Nunes et Drèze (2006), 34 % des clients d'une station de lavage ont rempli une carte de fidélité avec 2 tampons offerts, contre 19 % avec une carte vide, pour le même nombre de lavages.

Qu'est-ce que la vue « Prendre de la hauteur » dans Slydemy ?

C'est la vue où la caméra recule pour montrer tout le chemin d'un module. Les étapes franchies brillent, l'étape en cours est encadrée, les suivantes ont un cadenas, et l'objectif du module attend au bout du chemin.

Laurent Brisset

Laurent Brisset

Designer depuis 25 ans et formateur depuis 2019. Plus de 500 designers accompagnés en ligne. Il a créé Slydemy pour que ses propres élèves aillent au bout.

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